Les Beni Meskine d'aujourd'hui sont les hommes du Berrechid de demain. Les beaux immeubles et les meilleurs lots leur appartiennent. Etoile d'El Borouj, nom qui embellit le grand boulevard, est plus originel et aussi poétique que Venisia, Milano ou Torino que portent de grands débits Casablancais.
Combien les temps ont changé ! Il y a plus d'un siècle, le Docteur F. Weisberger avait parcouru l'itinéraire Casablanca-Beni Meskine, aller et retour en 45 heures, à une allure de 6 km à l'heure. La contrée, comprise entre ces deux extrêmes, est divisée en cinq régions, à savoir : Le sahel ; le tirs ; la colline de Mzamza ; le plateau d'El Alwa et enfin le désert de Beni Meskine.
Faisant partie du territoire de Tadla, le dernier pays fut rattaché à la Chaouia parce que Beni Meskine était la seule tribu de Tadla soumise au Makhzen. Le premier caïd qui commanda Beni Meskine s'appelait Belaid Echaoui, fondateur d'une kasbah à El Borouj. Avide de sang, ce tyran clouait ses sujets sur une planche et les poignardait de sa main. Il fut liquidé par Mohamed Manssour qui se déguisa en femme pour le poignarder.
Originaire du bled, le sauveur s'empara du caïdat et y resta pendant une longue période. Ses successeurs, sous le règne de sidi Mohamed ben Abdellah, s'appelaient Ben Ahmed Ed Doukali qui acheta son investiture, payée cher, en adjudication et Ali Belayachi Er Rahmani. Les caïds de My Slimane étaient El Ghazi El Mazemzi, fondateur de Settat et Grirane Lahrizi, fondateur de la kasbah de Morjana à Ouled Hriz. À l'époque de My Abderrahmane, les Beni Meskine étaient détachés de la Chaouia pour être rattachés à Es Sraghna.
L'appellation Beni Meskine provient d'une légende qui veut qu'à une époque reculée, une famille de la tribu Tadla, ouled Jaber, comprenait cinq garçons : Mellal ; Ourdigh ; Amir ; Moussa et Meskine. Celui-ci était né d'un autre lit, peu de temps avant la mort de son père et ses frères le rejetèrent. En parlant de lui, les gens disaient tristement : "Meskine bouiou mate" (le pauvre son père est mort). Il s'exila au pays actuel de Beni Meskine et les gens qui conduisaient leurs troupeaux vers cette région s'habituaient à dire : "Nous allons voir les Beni Meskine".
Cette histoire nous rappelle celle de Ziane et Salem, aïeux des tribus Soualem et Ouled Ziane. Selon une autre légende, Ziane et Salem sont des frères. Le premier était gai et vigoureux. Le second, au contraire, était timide et faible. Un jour, les deux frères achetèrent une vache de moitié. Ziane disait à son frère : "Prends pour toi le gachouche et j'aurais pour ma part le messlane". Salem accepta ce partage, quoique désavantageux pour lui, et tous les matins il emmenait son gachouche paître dans les champs. Après son retour, chaque soir, Ziane trayait le messlane et jouissait du bon lait.
La chose ne pouvait pas durer longtemps car Salam décida finalement de quitter son frère pour s'installer ailleurs. Il y a deux siècles environ, les ouled Ziane occupaient bled Mdakra, à proximité de sidi Nader, alors que les Soulem occupaient bled Jakma. Devant les Mdakra, envahisseurs, ils avaient laissé leurs territoires et s'avançaient en direction du littoral. A l'origine, les Mdakra occupaient une partie du territoire de la tribu actuelle de Mzab. Les Mzab, refoulés des siens par Ahl Tadla, se jetèrent sur les Mdakra et ces derniers s'avancèrent à l'Ouest, chassant à leur tour, devant eux, les Ziayda et les Ouled Ziane.
Chacune de ces tribus dispose de son propre sobriquet : les Ouled Ziane sont nakazine Eddoume, sauteurs de Doum, sans scrupule que rien n'arrête. Les Mdakra sont En nafkha ourragade 'al khalkha, ils sont fiers alors qu'ils couchent dans la hutte de la khalkha. Les Ziayda sont avares, ils sont ouled wakaline laklila, après avoir chauffé le lait, ils donnent l'eau aux chiens et mangent le reste. Les Mzab sont Addabane (les mouches) à cause de leur nombre, Khayma manhoume thawasse douar, une seule tente sème le désordre au douar. Ils sont aussi ouled nakesse echamla à cause de leur avarice, enfants de celui qui porte un court tchamire. Les ouled Hriz sont 'abraja, pleins de morgue, avec leur attitude orgueilleuse et méprisante. Les Mediouna sont gourai iya, cultivateurs de courge. Les Znata sont Jmayliya, loueurs de chameaux et commerçants toujours en caravane. Les Beni Meskine sont jouje fi 'oukayl, deux pour former une petite cervelle. Habitués à la vie pastorale, ils prennent une faucille rouillée pour un croissant tombé du ciel.
A vrai dire, avec le brassage des populations, on ne sait plus distinguer le Mzabi du Meskini et le Hrizi du Ziani. Originaires du Tadla, les ouled Hriz ont beaucoup de frères installés à Mdakra et à Ziaada. Le célèbre caïd des Ouled Ziane, Si Ahmed Belarbi (1883-1908) est l'oncle maternel du riche caïd Abdesslam Ber Rechid. C'est lui, d'ailleurs, qui avait appuyé son fils Mohamed Ber Rechid contre les ambitions de son cousin Mohamed ould Haj Hamou.
Jadis, les belles gazelles de Beni Meskine, à cornes arquées, pâturant dans le désert de Masskoura, ne voulaient pas s'aventurer vers littoral. Bientôt, nous assisterons à une nouvelle élite, au pouvoir à Berrechid, parlant l'accent meskini comme : Mohamed Hassoune de Dar Chafai ; Abdalwahad Chadali de Beni Khlouk ; Es Soalhi Bouzekri de Ouled Amer et Abdallah Boufaress d'El Borouj.
Vraiment, pour se rétablir, Berrechid, somnolant a besoin de l'air frais et pure d'une nouvelle élite à la rigueur et sobriété de Beni Meskine. Elle n'a nullement besoin de Mouloud Feraoun pour lire et comprendre les fils du pauvre !